_____ On peut dire
aimer la
poésie, mais l'aime-t-on à sa juste valeur ? Savons-nous
aimer dignement et pleinement cette forme d'expression des sentiments, sentiments dont les poètes témoignent sans impunité, impunité qui ne rime pas avec
poésie,
poésie qui est un art, Art qui nous construit au fil des jours, jours qui nous font vieillir, vieillir qui nous fait apprécier les divers sens des mots, mots qui permettent de s'exprimer, s'exprimer qui permet de vivre. Vivre. Vivre la
poésie, comme vivre une chanson sans musique, un chanteur sans guitare, une nuit sans étoiles, un jardin sans arbres, un
amour sans baisers ... Un baiser est la preuve même de l'
amour,
l'Amour avec un grand A qui est le sentiment par excellence, celui que tout le monde a vécu au moins une fois dans sa vie :
amour filial,
amour fraternel,
amour d'enfants,
amour passionné,
amour secret,
amour de jeunesse,
amour destructeur,
amour à distance,
amour interdit ou souvenir d'un
amour,
amour désormais pour un(e) mort(e),
amour rêvé,
amour rompu,
amour fantasmé,
amour désapprouvé ou
amour lassé ...
_____ Ou comme ils le disent si bien ...
Amour, mon père et je n'sais pas comment.
Amour, ma mère et tous ces sentiments.
Amour, mon frère et ma s½ur évidemment.
Amour, serait-ce un jeu d'enfant à crier tout l'temps ?
Amour, de longue date qui s'étend, qui s'étend.
Amour, avec un grand A c'est long, c'est long, c'est long.
Amour, mon amulette du cou autour excellent.
Amour, serait-ce un jeu d'enfant à crier tout l'temps ?
Amour, la première fois amoureux de son plus jeune âge.
Amour, la première page lue pour la dernière fois.
Amour, ce doux cépage qui glisse au palais parfois. L'
Amour du pilotage je pense se pose là.
_____ Mais où se trouve ce « là » ? Que ce soit au XVIème siècle ou au XXIème, l'
amour reste un sentiment universel qui traverse les âges, tout comme les générations de par les siècles, siècles qui se succèdent au fil des jours, jours de vie et de mort. L'
amour est la preuve ultime que l'on tient à une personne ; faire connaître ce sentiment semble être une obligation, mais combien sommes-nous à nous taire par timidité ou par inconscient, parce que cela nous semble raisonnable ? Ou tout simplement parce que nous ne savons pas définir ce sentiment ô combien complexe et aux multiples facettes ? Dans l'un de ses poèmes, Marc Delouze définit le contraire de ce qu'est l'
Amour, ne sait-il pas ce qu'il est en lui-même, est-il obligé de parler de ses contraires ?
Arthur Rimbaud et Andrée Chedid, quant à eux, associent ce sentiment à la Nature, le bonheur qu'elle procure à l'âme comme le fait la recherche perpétuelle de
su demi-naranja, la seconde moitié que l'on formait initialement sous forme de sphère, avec l'Autre dont notre c½ur a besoin pour vivre, s'épanouir pleinement et
aimer.
Paul Eluard,
Paul Verlaine et Guillaume Apollinaire rendent hommage à cette « seconde moitié », appelée communément âme s½ur, dans leurs poèmes, ils ont tendance à les idéaliser – comme Luc Bérimont et sa rose qui représente l'
Amour -, par désir et aveuglement amoureux : c'est déjà une autre perception de ce qu'est l'
Amour, ils le personnifient selon la femme qui occupe leur c½ur, le concrétisent et y ajoutent un côté merveilleux et fantasmé, rêvé. Rêver comme un enfant pour ne pas subir consciemment une rupture, la fin de l'
Amour, parce que ça fait mal et que l'on sous-estime les capacités de guérison de notre c½ur. Refuser l'échec, refuser les pensées négatives de l'Autre, refuser de se remettre en question, refuser une défaite de soi-même, refuser la solitude et le froid, refuser le noir et l'ennui, refuser le célibat et la mélancolie des jours heureux ...
Aimer.
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__________ Être aimé
Ecoute-moi. Voici la chose nécessaire :
Etre aimé. Hors de là rien n'existe, entends-tu ?
Etre aimé, c'est l'honneur, le devoir, la vertu,
C'est Dieu, c'est le démon, c'est tout. J'aime, et l'on m'aime.
Cela dit, tout est dit. Pour que je sois moi-même,
Fier, content, respirant l'air libre à pleins poumons,
Il faut que j'aie une ombre et qu'elle dise : Aimons !
Il faut que de mon âme une autre âme se double,
Il faut que, si je suis absent, quelqu'un se trouble,
Et, me cherchant des yeux, murmure : Où donc est-il ?
Si personne ne dit cela, je sens l'exil,
L'anathème et l'hiver sur moi, je suis terrible,
Je suis maudit. Le grain que rejette le crible,
C'est l'homme sans foyer, sans but, épars au vent.
Ah ! celui qui n'est pas aimé, n'est pas vivant.
Quoi, nul ne vous choisit ! Quoi, rien ne vous préfère !
A quoi bon l'univers ? L'âme qu'on a, qu'en faire ?
Que faire d'un regard dont personne ne veut ?
La vie attend l'amour, le fil cherche le noeud.
Flotter au hasard ? Non ! Le frisson vous pénètre ;
L'avenir s'ouvre ainsi qu'une pâle fenêtre ;
Où mettra-t-on sa vie et son rêve ? On se croit
Orphelin ; l'azur semble ironique, on a froid ;
Quoi ! ne plaire à personne au monde ! rien n'apaise
Cette honte sinistre ; on languit, l'heure pèse,
Demain, qu'on sent venir triste, attriste aujourd'hui,
Que faire ? où fuir ? On est seul dans l'immense ennui.
Une maîtresse, c'est quelqu'un dont on est maître ;
Ayons cela. Soyons aimé, non par un être
Grand et puissant, déesse ou dieu. Ceci n'est pas
La question. Aimons ! Cela suffit. Mes pas
Cessent d'être perdus si quelqu'un les regarde.
Ah ! vil monde, passants vagues, foule hagarde,
Sombre table de jeu, caverne sans rayons !
Qu'est-ce que je viens faire à ce tripot, voyons ?
J'y bâille. Si de moi personne ne s'occupe,
Le sort est un escroc, et je suis une dupe.
J'aspire à me brûler la cervelle. Ah ! quel deuil !
Quoi rien ! pas un soupir pour vous, pas un coup d'oeil !
Que le fuseau des jours lentement se dévide !
Hélas ! comme le coeur est lourd quand il est vide !
Comment porter ce poids énorme, le néant ?
L'existence est un trou de ténèbres, béant ;
Vous vous sentez tomber dans ce gouffre. Ah ! quand Dante
Livre à l'affreuse bise implacable et grondante
Françoise échevelée, un baiser éternel
La console, et l'enfer alors devient le ciel.
Mais quoi ! je vais, je viens, j'entre, je sors, je passe,
Je meurs, sans faire rien remuer dans l'espace !
N'avoir pas un atome à soi dans l'infini !
Qu'est-ce donc que j'ai fait ? De quoi suis-je puni ?
Je ris, nul ne sourit ; je souffre, nul ne pleure.
Cette chauve-souris de son aile m'effleure,
L'indifférence, blême habitante du soir.
Etre aimé ! sous ce ciel bleu - moins souvent que noir -
Je ne sais que cela qui vaille un peu la peine
De mêler son visage à la laideur humaine,
Et de vivre. Ah ! pour ceux dont le coeur bat, pour ceux
Qui sentent un regard quelconque aller vers eux,
Pour ceux-là seulement, Dieu vit, et le jour brille !
Qu'on soit aimé d'un gueux, d'un voleur, d'une fille,
D'un forçat jaune et vert sur l'épaule imprimé,
Qu'on soit aimé d'un chien, pourvu qu'on soit aimé !
__________Victor Hugo
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